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Chercheur : MERRIT RUHLEN
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Histoire : Les traces anatomiques de l'apparition du langage durant l'hominisation Les traces anatomiques de l'apparition du langage durant l'hominisation

Mieux penser le vivant en utilisant ses mots


Il existe deux grands principes pour classer les langues. Les classements typologiques s’appuient sur les ressemblances des objets à classer sans s’interroger sur l’origine de celles-ci. On distingue ainsi trois types de langues : celles où les mots changent de forme selon leur rapport grammatical aux autres mots de l’énoncé comme en français (langues flexionelles); celles où les mots sont formés en ajoutant au radical des affixes comme en japonais (langues agglutinantes); et celles où les mots ont tendance à être invariables, comme en chinois (langues isolantes).

Contrairement aux classements typologiques qui ne disent rien sur les liens de parenté entre les langues, les classements génétiques (au sens de généalogique) cherchent à regrouper des familles de langues dérivant d’un ancêtre commun. Cette linguistique historique étudie l’évolution des langues par la méthode de la grammaire comparée. Les similarités au niveau des sons (phonétique), du sens (sémantique), des formes des mots et de la grammaire (morphologie) ou encore du vocabulaire (lexicologie) sont comparées et servent de critères pour regrouper les langues en familles ayant la même origine. C’est la démarche des tenants du monogénisme.


On compte environ 6000 langues parlées actuellement dans le monde, dont 1 000 utilisées par une population très faible en nombre. On estime que près de la moitié de ces 6000 langues sont menacées parce qu'elles sont parlées uniquement par des adultes qui ne les apprennent plus à leurs enfants.

La mort des langues n’est pas un phénomène nouveau. Depuis au moins 5000 ans, les linguistes estiment qu’au moins 30 000 langues sont nées et disparues, généralement sans laisser de trace. Mais le nombre de langues actuellement parlées dans le monde diminue à un rythme inégalé, de telle sorte que 90 % des langues existantes disparaîtront vraisemblablement au cours du prochain siècle. Il n’y aurait donc qu’environ 600 langues qui seraient relativement durables dont l'anglais, qui se répand de plus en plus, et qui est en voie de devenir la « lingua franca » mondiale.

Lien : Lingua franca Lien : La disparition des langues indigènes est une menace pour l'environnement, selon une étude onusienne Lien : MASSE CRITIQUE, SEUILS ET MÉCANISMES D'AUTORENFORCEMENT DANS LA PROPAGATION DES LANGUES Lien : ATLAS OF THE WORLD'S LANGUAGES IN DANGER OF DISAPPEARING
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L'ORIGINE DU LANGAGE

Il y a tant de théories concernant le mécanisme par lequel le langage a pu émerger chez l’être humain que l’on serait tenté de dire que chaque chercheur qui s’y intéresse a la sienne ! Peu importe comment cela s’est passé, une autre question jaillit immédiatement : cela s’est-il passé une ou plusieurs fois ? Autrement dit, les langues ont-elles une origine commune, une protolangue de laquelle seraient nées toutes les langues, ou bien y’a-t-il eu émergence de plusieurs dialectes à différents endroits ? Voilà qui ouvre un autre grand débat à propos de l’origine du langage et des différentes langues.

Ceux qui plaident pour des origines multiples du langage, ou polygénisme, affirment que les premiers hommes modernes ne partageaient que le potentiel de la faculté de parler. Les langues concrètes ne se seraient développées qu’après leur dispersion, de manière indépendante chez différents groupes d’Homo sapiens.


Carte des migrations humaines élaborée à partir de la génétique mitochondriale des populations.
Les chiffres représentent le nombre de millénaires avant aujourd’hui.

Les partisans du polygénisme s’appuient sur des événements ou des comportements qui ont eu peu de chance de se produire sans la parole, comme les grandes traversées qui nécessite de s’organiser, de s’entendre, etc. Ils en déduisent par exemple que les populations parties d’Afrique et arrivées en Australie il y a environ 60 000 ans ont dû parler une langue complexe avant les populations qui ont migré vers le Moyen-Orient.

À cette thèse dite du polygénisme, certains opposent celle du monogénisme
qui postule l’existence d’une protolangue à partir de laquelle toutes les langues humaines actuelles auraient dérivé. C’est le cas de chercheurs comme Meritt Ruhlen qui tentent de remonter les racines étymologiques des langues pour en trouver une commune.

Cette méthode permet de remonter avec assez de certitude à quelques milliers d'années grâce aux traces écrites des langues. On construit ainsi un véritable arbre généalogique où l’on peut mettre en relation les langues entre elles : le latin est la langue mère du français, le polonais une langue fille du slave occidental, l’écossais et l’irlandais des langues sœur de mère gauloise, les langues indiennes des langues cousines des langues iraniennes, etc.

C’est ainsi qu’il existe actuellement un consensus qui reconnaît l’existence d’environ 300 familles qui remonteraient au début de notre ère. Les avis sont plus partagés quant à l’existence d’une cinquantaine de « macrofamilles » remontant à il y a 5 000 ans environ.

Mais pour remonter au-delà de l’écriture, qui ne constitue que les derniers moments de l’évolution des langues, on doit essayer de reconstituer des protolangues à partir des langues actuelles, ce qui est beaucoup plus difficile. C’est pourquoi l’hypothèse de 10 ou 20 « super-familles » qui auraient commencé à diverger il y a environ 10 000 ans suscite de nombreuses controverses.

C’est dire la polémique qui entoura la publication en 1994 de L’Origine des langues, un ouvrage de Merritt Ruhlen qui postule l’existence d’une protolangue unique il y a plus de 50 000 ans ! Ses travaux s’appuyaient entre autres sur des études en génétique des populations montrant une grande corrélation entre la diversification génétique des populations humaines et celle des langues qu'elles parlent.

D’autres études montrent que les correspondances entre les classifications génétiques des populations et les classifications généalogiques des langues sont plus incertaines qu’on le croyait. Reste que même si les travaux de Ruhlen sont contestés sur le plan linguistique, plusieurs se rallient encore à l’idée maîtresse du livre, à savoir que toutes les langues auraient une origine commune. Parmi ces partisans du monogénisme, on distingue deux grands courants.


Les modifications neuronales de l’hémisphère gauche accompagnant le développement des facultés langagières durant l’hominisation pourraient avoir débuté il y a environ 100 000 ans ou même avant. Mais ce serait avec l’évolution du gyrus angulaire, il y a environ 50 000 ans, que ces facultés langagières auraient connu une retentissante explosion.

On croit d’ailleurs que le langage articulé, tel que nous le connaissons aujourd’hui, devait être déjà apparu il y a 50 000 ou 60 000 ans. Car c’est à ce moment que les différentes ethnies humaines se sont différenciées. Or toutes ces ethnies conservent aujourd’hui la capacité d’apprendre n’importe quelle langue parlée dans le monde. Le polonais ou le chinois immigré à New York fini par parler anglais avec un accent New Yorkais, et vice-versa, preuve que nous avons tous hérité du même potentiel linguistique.

Histoire : L'hominisation Lien : Le cerveau humain et les origines du langage

Les langues évoluent et elles changent imperceptiblement. La langue française a évolué au fil du temps. On écrivait « hospital » en ancien français, le " s " a été supprimé pour devenir hôpital. Les anglicismes sont aussi une forme d'évolution de la langue française. Des échanges culturels influencent donc l'évolution d'une langue.

En quelques siècles seulement, une langue peut évoluer de manière significative. Huit siècles à peine séparent ainsi l’ancien français du français d’aujourd’hui. Si l’on remonte encore plus loin dans le temps, on trouve une langue comme le latin de laquelle dérive notamment le français, l’italien, l’espagnol, le portugais et le roumain. Les langues ayant laissé des traces écrites nous permettent de remonter ainsi parfois de quelques millénaires comme pour l’indo-européen, l’une des premières familles de langue connues.

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