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Communiquer
avec des mots |
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Certains chercheurs
recensent les preuves archéologiques de pensée
symbolique chez nos ancêtres en Afrique, en
Europe ou au Proche-Orient. Leur postulat est que lorsqu’ils
trouvent des traces de pensée symbolique, cela présuppose
forcément que ces hommes possédaient un système
de communication suffisamment élaboré pour
partager avec les autres les significations qui sont derrière
les symboles utilisés (contrairement aux outils dont
la production peut être transmise par imitation). Bref,
ils avaient besoin d’un langage.
Les objets matériels d’une culture symbolique
peuvent être des ornements personnels, des outils décorés,
des os et des pierres gravés, des sépultures,
des objets trouvés dans les tombes, des système
de notation, des instruments de musique… Tous ces objets
portent des représentations qui n’ont
pas de lien iconique avec leur signification. Ils
peuvent aussi faire référence à des comportements
non utilitaires présents chez des populations humaines. |
Si le langage constitue
certainement un atout de survie important, ce n’est
pas tant pour l’individu que pour le groupe qui le
possède. Car le langage est avant tout l’attribut
commun d’un ensemble d’individus et à ce
titre, il favorise la sélection de groupes et non
d’individus particuliers. Il en va ainsi pour toute
communauté animale dotée d’un moyen de
communication efficace. À l’instar des humains,
les fourmis ou les abeilles peuvent par exemple réagir
en tant que groupe à un événement extérieur,
devenant ainsi l’objet d’une
évolution par sélection de groupe plutôt
que par sélection d’individus. |
"The first steps
toward language are a mystery."
- Steven Pinker
“ The question of where language comes from may simply
be unanswerable”,
- Richard Lewontin
"This task intrigues people because it's about us. But
that doesn't make it a scientific question. It may be important
for us to know where we came from, but if we can't answer
that question scientifically, we can't answer it. If you
want to tell stories, well then, tell stories."
- Noam Chomsky |
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L’origine du langage a donné lieu depuis des siècles à de
nombreux débats. En 1886, la Société de Linguistique
de Paris a même déclaré cette question irrésoluble
et a refusé toute communication sur l'origine du langage.
Comme la parole est par essence quelque chose d’évanescent,
on ne dispose que d’indices indirects de son émergence.
D’où les innombrables hypothèses qui ont
été formulées sur l’origine du
langage, toutes plus imaginatives et spéculatives
les unes que les autres.
On distingue d’abord ce que l’on pourrait appeler
les théories
vocales de l’origine du langage. Des modifications de la bouche
et du pharynx (voir capsule outil à gauche) couplées à une
augmentation du volume cérébral auraient conduit, il y a environ
100 000 ans, au contrôle volontaire des productions vocales qui étaient
jusque là plutôt des cris instinctifs. On retrouve différentes
variantes de cette approche.
Certains postulent que le langage humain vient du développement des onomatopées,
c’est-à-dire de l’imitation des bruits de notre environnement.
D’autres qu’il se serait développé à partir
des cris de joie, de douleur, et d’autres exclamations involontaires. D’autre
encore, et c’était le cas de Charles Darwin, avancent que le langage
oral proviendrait d’une imitation avec la bouche d’un langage gestuel
déjà
existant avec les mains.
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Une autre hypothèse
soutient que l’utilisation de sons symboliques arbitraires
se serait développée à
partir des cris d’alerte des primates pour informer de
la présence d’un prédateur, d’aliments
toxiques ou comestibles, etc. Certaines, plus sophistiquées
encore, avancent par exemple que le langage humain est devenu élaboré parce
que nos cris et vocalises peuvent révéler nos états
d’âmes et qu’on peut ainsi apprendre à les
imiter pour obtenir certains privilèges et avantages
sélectifs.
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Un autre courant est celui de la théorie
gestuelle de l’origine du langage. Elle postule que
le passage à la bipédie aurait eu pour première
conséquence de libérer les membres antérieurs
et de les rendre utilisables pour la communication gestuelle. Dans
un second temps, le langage vocal se serait à son tour développé,
rendant ainsi les mains libres pour d'autres usages.
Les travaux sur le langage des signes utilisé par les personnes
sourdes ont apporté des arguments en faveur de la théorie
gestuelle. Ces travaux ont montré
que le langage des signes était aussi sophistiqué
du point de vue grammatical que le langage oral. De plus,
il solliciterait les mêmes « aires du langage
» de l’hémisphère gauche que les
langues parlées (voir la capsule outil à gauche),
en particulier l’aire
de Broca, très proche des aires motrices des bras
et de la main. La théorie gestuelle de l’origine
du langage expliquerait aussi la capacité des chimpanzés
à apprendre les rudiments du langage des signes comparé
à leur absence de compétence pour le langage
verbal.
| La théorie
gestuelle pourrait aussi expliquer pourquoi les outils de pierre
des premiers hominidés ont si peu évolué
durant une période de près de deux millions d’années
malgré une augmentation de la taille du cerveau : si
les mains étaient utilisées pour communiquer,
peut-être étaient-elles moins disponibles pour
perfectionner les outils ? |
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Pour les tenants de la théorie gestuelle, la transition
vers le langage parlé s’est probablement fait progressivement
jusqu’à il y a environ 50 000 ans, période
où la parole aurait pris radicalement le dessus, libérant
ainsi définitivement les mains pour permettre l’explosion
technologique et artistique de cette époque.
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D’autres théories voient plutôt émerger
le langage de la complexité du monde social dans
lequel évoluent les primates. Elles s’opposent en
cela aux autres théories s’appuyant plutôt que
sur l’échange d’information sur l’environnement
physique, pour augmenter l’efficacité de la chasse
par exemple.
La théorie du « gossip » de Robin Dunbar s’inscrit
dans ce courant. Vers le milieu des années 1990, l’anthropologue
anglais a attiré l’attention sur le fait que la majorité de
nos échanges verbaux sont consacrés à prendre
des nouvelles de notre interlocuteur ou d’une tierce personne
(le
« gossip » des anglophones). Pour lui, la fonction
première du langage est donc d’échanger de
l’information sur l’environnement social de l’individu
: qui est fiable, qui a fait des
alliances avec qui, bref le potinage habituel…
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Chez les primates, c’est l’épouillage
mutuel qui a cette fonction sociale, consolidant les hiérarchies
et favorisant la réconciliation après les conflits. À mesure
que le nombre d’individus dans les groupes augmentait
durant l’hominisation, Dunbar croit que le langage
est simplement devenu plus efficace que l’épouillage
comme outil de cohésion sociale.
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D’autres, comme Jean-Louis Dessalles, affirment que c’est
parce que l’homme est avant tout un animal politique qu’il
s’est mis à parler. Convaincre un congénère
de former une coalition ou de la véracité de quelque
chose qui ne se passe pas sous nos yeux, voilà l’avantage
que le langage aurait pu apporter à nos ancêtres. Le
langage serait alors apparu parce que les hominidés ont eu
besoin d'un moyen de choisir leurs alliés dans des groupes à l'organisation
sociale de plus en plus complexe.
D’autres encore, comme Bernard Victorri, mettent l’accent sur la
nécessité qu’a eu notre espèce,
à un certain point de son évolution, de formuler
des lois pour gérer les crises découlant
de la complexité croissante du psychisme des membres
d’un groupe social. Exprimé sous forme de mythe
que l’on retrouve dans toutes les sociétés
humaines, ces histoires racontées sous la forme «
ça s’est passé, ça pourrait se
reproduire, il ne faut pas que ça se reproduise »
auraient pu favoriser l’émergence de la complexité
narrative propre à notre espèce.
Mais peu importe les mécanismes par lesquels le langage s’est constitué,
une autre question hante les linguistes depuis fort longtemps : celle de savoir si
le langage a été inventé une seule ou plusieurs fois… |
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