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De la pensée au langage
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AideLien : Language and EvolutionLien : Depuis quand nos ancêtres utilisent-ils le langage ?Lien : Livre : Aux origines du langage ; une histoire naturelle de la parole, Jean-Louis Dessalles, 2000, Hermès-Science, Paris.
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L’intelligence de nos mains

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Certains chercheurs recensent les preuves archéologiques de pensée symbolique chez nos ancêtres en Afrique, en Europe ou au Proche-Orient. Leur postulat est que lorsqu’ils trouvent des traces de pensée symbolique, cela présuppose forcément que ces hommes possédaient un système de communication suffisamment élaboré pour partager avec les autres les significations qui sont derrière les symboles utilisés (contrairement aux outils dont la production peut être transmise par imitation). Bref, ils avaient besoin d’un langage.

Les objets matériels d’une culture symbolique peuvent être des ornements personnels, des outils décorés, des os et des pierres gravés, des sépultures, des objets trouvés dans les tombes, des système de notation, des instruments de musique… Tous ces objets portent des représentations qui n’ont pas de lien iconique avec leur signification. Ils peuvent aussi faire référence à des comportements non utilitaires présents chez des populations humaines.

Pourquoi on ne peut avoir qu’environ 150 vrais amis

Une “signature sociale” constante et restreinte

Si le langage constitue certainement un atout de survie important, ce n’est pas tant pour l’individu que pour le groupe qui le possède. Car le langage est avant tout l’attribut commun d’un ensemble d’individus et à ce titre, il favorise la sélection de groupes et non d’individus particuliers. Il en va ainsi pour toute communauté animale dotée d’un moyen de communication efficace. À l’instar des humains, les fourmis ou les abeilles peuvent par exemple réagir en tant que groupe à un événement extérieur, devenant ainsi l’objet d’une évolution par sélection de groupe plutôt que par sélection d’individus.


"The first steps toward language are a mystery."

- Steven Pinker



“ The question of where language comes from may simply be unanswerable”,

- Richard Lewontin



"This task intrigues people because it's about us. But that doesn't make it a scientific question. It may be important for us to know where we came from, but if we can't answer that question scientifically, we can't answer it. If you want to tell stories, well then, tell stories."

- Noam Chomsky

L'ORIGINE DU LANGAGE

L’origine du langage a donné lieu depuis des siècles à de nombreux débats. En 1886, la Société de Linguistique de Paris a même déclaré cette question irrésoluble et a refusé toute communication sur l'origine du langage. Comme la parole est par essence quelque chose d’évanescent, on ne dispose que d’indices indirects de son émergence. D’où les innombrables hypothèses qui ont été formulées sur l’origine du langage, toutes plus imaginatives et spéculatives les unes que les autres.

On distingue d’abord ce que l’on pourrait appeler les théories vocales de l’origine du langage. Des modifications de la bouche et du pharynx (voir capsule outil à gauche) couplées à une augmentation du volume cérébral auraient conduit, il y a environ 100 000 ans, au contrôle volontaire des productions vocales qui étaient jusque là plutôt des cris instinctifs. On retrouve différentes variantes de cette approche.

Certains postulent que le langage humain vient du développement des onomatopées, c’est-à-dire de l’imitation des bruits de notre environnement. D’autres qu’il se serait développé à partir des cris de joie, de douleur, et d’autres exclamations involontaires. D’autre encore, et c’était le cas de Charles Darwin, avancent que le langage oral proviendrait d’une imitation avec la bouche d’un langage gestuel déjà existant avec les mains.

Une autre hypothèse soutient que l’utilisation de sons symboliques arbitraires se serait développée à partir des cris d’alerte des primates pour informer de la présence d’un prédateur, d’aliments toxiques ou comestibles, etc. Certaines, plus sophistiquées encore, avancent par exemple que le langage humain est devenu élaboré parce que nos cris et vocalises peuvent révéler nos états d’âmes et qu’on peut ainsi apprendre à les imiter pour obtenir certains privilèges et avantages sélectifs.

Lien : The Origins of LanguageLien : The Evolution of LanguageLien : Origin of language

Un autre courant est celui de la théorie gestuelle de l’origine du langage. Elle postule que le passage à la bipédie aurait eu pour première conséquence de libérer les membres antérieurs et de les rendre utilisables pour la communication gestuelle. Dans un second temps, le langage vocal se serait à son tour développé, rendant ainsi les mains libres pour d'autres usages.

Les travaux sur le langage des signes utilisé par les personnes sourdes ont apporté des arguments en faveur de la théorie gestuelle. Ces travaux ont montré que le langage des signes était aussi sophistiqué du point de vue grammatical que le langage oral. De plus, il solliciterait les mêmes « aires du langage » de l’hémisphère gauche que les langues parlées (voir la capsule outil à gauche), en particulier l’aire de Broca, très proche des aires motrices des bras et de la main. La théorie gestuelle de l’origine du langage expliquerait aussi la capacité des chimpanzés à apprendre les rudiments du langage des signes comparé à leur absence de compétence pour le langage verbal.

La théorie gestuelle pourrait aussi expliquer pourquoi les outils de pierre des premiers hominidés ont si peu évolué durant une période de près de deux millions d’années malgré une augmentation de la taille du cerveau : si les mains étaient utilisées pour communiquer, peut-être étaient-elles moins disponibles pour perfectionner les outils ?

Pour les tenants de la théorie gestuelle, la transition vers le langage parlé s’est probablement fait progressivement jusqu’à il y a environ 50 000 ans, période où la parole aurait pris radicalement le dessus, libérant ainsi définitivement les mains pour permettre l’explosion technologique et artistique de cette époque.

Lien : Some Language Experts Think Humans Spoke First With GesturesLien : GESTURAL EQUIVALENCE (EQUIVALENTS) OF LANGUAGELien : Gesture and Sign Language and Human EvolutionLien : "The unitary hypothesis: A common neural circuitry for novel manipulations, language, plan-ahead, and throwing?"Lien : THE MOTOR THEORY OF LANGUAGE: ORIGIN AND FUNCTION

D’autres théories voient plutôt émerger le langage de la complexité du monde social dans lequel évoluent les primates. Elles s’opposent en cela aux autres théories s’appuyant plutôt que sur l’échange d’information sur l’environnement physique, pour augmenter l’efficacité de la chasse par exemple.

La théorie du « gossip » de Robin Dunbar s’inscrit dans ce courant. Vers le milieu des années 1990, l’anthropologue anglais a attiré l’attention sur le fait que la majorité de nos échanges verbaux sont consacrés à prendre des nouvelles de notre interlocuteur ou d’une tierce personne (le « gossip » des anglophones). Pour lui, la fonction première du langage est donc d’échanger de l’information sur l’environnement social de l’individu : qui est fiable, qui a fait des alliances avec qui, bref le potinage habituel…

Chez les primates, c’est l’épouillage mutuel qui a cette fonction sociale, consolidant les hiérarchies et favorisant la réconciliation après les conflits. À mesure que le nombre d’individus dans les groupes augmentait durant l’hominisation, Dunbar croit que le langage est simplement devenu plus efficace que l’épouillage comme outil de cohésion sociale.

Lien : Grooming, Gossip, and the Evolution of LanguageLien : WHY GOSSIP IS GOOD FOR YOULien : CO-EVOLUTION OF NEOCORTEX SIZE, GROUP SIZE AND LANGUAGE IN HUMANSLien : Video gallery : grooming

D’autres, comme Jean-Louis Dessalles, affirment que c’est parce que l’homme est avant tout un animal politique qu’il s’est mis à parler. Convaincre un congénère de former une coalition ou de la véracité de quelque chose qui ne se passe pas sous nos yeux, voilà l’avantage que le langage aurait pu apporter à nos ancêtres. Le langage serait alors apparu parce que les hominidés ont eu besoin d'un moyen de choisir leurs alliés dans des groupes à l'organisation sociale de plus en plus complexe.

D’autres encore, comme Bernard Victorri, mettent l’accent sur la nécessité qu’a eu notre espèce, à un certain point de son évolution, de formuler des lois pour gérer les crises découlant de la complexité croissante du psychisme des membres d’un groupe social. Exprimé sous forme de mythe que l’on retrouve dans toutes les sociétés humaines, ces histoires racontées sous la forme « ça s’est passé, ça pourrait se reproduire, il ne faut pas que ça se reproduise » auraient pu favoriser l’émergence de la complexité narrative propre à notre espèce.

Mais peu importe les mécanismes par lesquels le langage s’est constitué, une autre question hante les linguistes depuis fort longtemps : celle de savoir si le langage a été inventé une seule ou plusieurs fois

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