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Dormir
pour nettoyer et réinitialiser le cerveau
Vous êtes dans un musée
et vous admirez un tableau. L'image du tableau est captée par la
rétine et acheminée sous forme d'influx nerveux jusqu'aux
zones visuelles du cerveau, qui reconstruisent
l'image d'ensemble. Ces influx sont ensuite dirigés vers l'hippocampe
qui se comporte en gardien et décide d'accepter ou non l'information pour
la faire passer dans la mémoire à long terme. Si l'informations
n'entre pas dans l'hippocampe, l'image du tableau va probablement être oubliée
dans la minute. Mais si elle y pénètre, elle sera éventuellement
retournée à la zone d'où elle était partie, en l'occurrence
le
cortex visuel. C'est là que l'image du tableau sera stockée
durablement, point par point, sous la forme de milliers de connexions renforcées
entre neurones. |
L'hippocampe jouerait un rôle fondamental
dans la mémoire spatiale chez de nombreuses espèces dont l'homme.
Par exemple, des chercheurs anglais ont demandé à des chauffeurs
de taxi d'imaginer leur déplacement au sein de la ville de Londres pendant
que leur activité cérébrale était examinée
par tomographie par émission de positons (PET scan). Cette tâche
familière pour eux a provoqué une activation spécifique de
leur hippocampe droit. Chez l'être humain, l'hippocampe pourrait donc contribuer
à la construction de la mémoire épisodique en fournissant
à chaque souvenir un cadre spatial permettant de le restituer avec précision. |
| | L'hippocampe, les structures
corticales qui l'entourent, ainsi que les
voies nerveuses qui les relient à l'ensemble du cortex sont grandement
impliquées dans la
mémoire déclarative, celle des faits et des événements.
Par exemple, lors d'un souper bien arrosé
avec des amis, le souvenir des visages des personnes présentes, du goût
du vin ou de la musique qui jouait est distribué dans les différentes
aires visuelles, olfactives et auditives du cerveau, mais sont liés ensemble
par l'hippocampe pour former un " épisode " au lieu de demeurer
une collection de souvenirs séparés.
L'hippocampe
joue donc un rôle primordiale dans la mémoire
épisodique, celle qui nous permettra des années plus tard
de nous rappeler cette soirée particulièrement agréable.
En effet, c'est l'hippocampe qui semble nous permettre de " rejouer la scène
" en réactivant ce pattern particulier d'activité de différentes
régions corticales. Ce phénomène serait très important
durant les rêves, ce qui expliquerait l'incorporation d'événements
des derniers jours dans ceux-ci. Mais
au bout d'un certain temps, ces différentes régions corticales activées
lors d'un événement deviendraient fortement liées entre elles
et pourraient se passer du travail de l'hippocampe comme agent de liaison. Grâce
à ce couplage, le seul souvenir d'une pièce musicale qui jouait
ce soir-là pourrait nous rappeler toute la scène du souper, chacun
de ces éléments pouvant servir d'indice pour faire resurgir à
la conscience tout le reste. Les
souvenirs encodés depuis longtemps dans la mémoire à long
terme peuvent donc se passer de l'hippocampe. C'est en particulier le cas des
connaissances générales de la mémoire
sémantique qui activent plutôt le cortex frontal et le cortex
temporal. L'activité du lobe temporal correspondrait à l'activation
du fait en question et celle
du cortex frontal à son accession à la conscience. Contrairement
aux faits et aux événements cependant, notre mémoire spatiale
demeurerait, elle, confinée à l'hippocampe. Et plus précisément
à l'hippocampe droit. Celui-ci aurait la capacité de recréer
une carte mentale de l'espace, grâce à certaines cellules dites ''cellules
de lieu'' | | 

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Certains souvenirs personnels très
intenses, mettant en jeu ce qu'on appelle parfois la mémoire émotive,
impliqueraient en plus de l'hippocampe une autre structure du système limbique.
Il s'agit de l'amygdale,
une région déjà reconnue pour gérer nos réactions
de peur.
D'ailleurs, plusieurs
autres structures du système limbique contribuent à encoder
nos souvenirs de façon durable. Enfin, la mémoire
procédurale, celle du " savoir faire " comme aller à
bicyclette par exemple, ne solliciterait pas du tout l'hippocampe. Elle serait
plutôt associée à des modifications dans le
cervelet, les
ganglions de la base et le
cortex moteur, des régions justement impliquées dans le contrôle
de la motricité. D'ailleurs, la mémoire procédurale n'est
pas touchée par l'amnésie liée aux lésions de l'hippocampe
mais elle est affectée par des dommages au cervelet et des maladies neurodégénératives
comme celle de Huntington qui altèrent les ganglions de la base. | |