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L'évitement de la douleur
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L'évitement de la douleur


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Chercheur : Jean DecetyChercheur : Michael Slote

Quand la peur nous fait réagir en conservateur

L’être humain n’a plus l’apanage de l’empathie

Le neurobiologiste qui a découvert qu’il était psychopathe

La richesse éloigne les riches de leur humanité

Économie ou empathie, nous n’avons rien inventé

Stimuler ou inactiver des régions cérébrales, d’hier à aujourd’hui

Les bienfaits de l’apprentissage de la musique

“Que faisons-nous à longueur de journée ? On décrypte le monde, et particulièrement le monde intérieur des gens que l’on rencontre. […] Quand un collègue entre dans mon bureau en faisant une grimace ou un sourire affecté – la différence peut être subtile selon d’infimes différences dans la façon dont nous contractons les muscles de notre visage – je peux automatiquement et presque instantanément discerner quelle émotion l’anime.

[…] Nous faisons des douzaines – des centaines – de ce genre de distinction chaque jour. C’est littéralement ce que nous passons notre temps à faire. […] Cela semble si ordinaire. C’est pourtant assez extraordinaire - et surtout extraordinaire que nous le ressentions comme quelque chose d’ordinaire.”

- Marco Iacoboni, «Mirroring People», 2008.


Voir un congénère souffrir peut initier des comportements altruistes ou modifier le seuil de perception de la douleur pas seulement chez l’humain, mais aussi chez d’autres mammifères.

Des rats qui avaient par exemple appris à appuyer sur un levier pour obtenir de la nourriture vont cesser d’appuyer si leur action donne un choc électrique à un autre rat qu’ils peuvent voir. Même chose chez le singe rhésus. Un singe a même cessé de tirer sur la chaîne qui lui donnait la nourriture durant 5 jours (et un autre durant 12 jours !) après avoir compris que cela infligeait un choc à un compagnon.

Une autre étude a permis de montrer que des souris partageant la même cage et pouvant voir un congénère souffrir étaient à ce moment plus sensible à la douleur que lorsqu’elles étaient testées seules. Il semble donc exister une forme de contagion émotionnelle chez d’autres mammifères, ce qui confirme l’importance des facteurs sociaux sur la perception de la douleur.

Lien : New Pain Research Shows Mice Capable Of Empathy

PARTAGER LA DOULEUR DES AUTRES

Dans une espèce aussi sociale que la nôtre, on passe une grande partie de notre temps à essayer de comprendre les émotions des autres et leurs intentions envers nous. Bien sûr le langage humain, avec sa syntaxe complexe et ses autres facettes non verbales, constitue un outil de choix pour communiquer et échanger sur nos états d’âme.

Mais une bonne part de notre compréhension d’autrui se fait très rapidement juste en observant son visage ou sa posture. On peut imaginer de nombreuses raisons évolutives à cette efficacité. Dans le cas de la douleur par exemple, voir les rictus de souffrance de quelqu’un nous indique un danger potentiel pour nous-mêmes. Il peut aussi nous inciter à lui porter secours, un comportement déjà présent chez nos cousins primates et même chez le rat (voir encadré).

Ces avantages évolutifs permettent de mieux comprendre pourquoi on parvient avec tant de facilité à lire dans l’esprit des autres. Mais par quels mécanismes y parvient-on ? Autrement dit, comment l’état émotif d’une autre personne se reflète-t-il dans notre propre substrat neuronal ?

À un premier niveau d’analyse, de nombreuses études ont montré que le seul fait de regarder une expression faciale chez quelqu’un déclenche chez l’observateur des expressions similaires sur son propre visage, souvent sans même qu’il s’en rende compte. Il semble donc y avoir, à la base de nos interactions sociales et de nos émotions partagées, un mimétisme le plus souvent inconscient et automatique. Et ce lien direct entre perception et action amène l’observateur à “résonner” malgré lui avec l’observé.

D’autres études ont démontré les effets psychologiques bien réels que pouvait avoir une telle résonance. Ainsi, des individus qui en observent d’autres qui sont dégoûtés par de mauvaises odeurs ressentent eux aussi du dégoût. Et l’on sait tous comment peut être désagréable la vue d’une personne se faisant ouvrir la peau avec un bistouri…

Au début des années 2000, l’utilisation de l’imagerie cérébrale nous a permis de constater que la vue d’une personne dégoûtée ou souffrante activait dans le cerveau de l’observateur certaines parties du réseau neuronal normalement actif quand celui-ci expérimente véritablement le dégoût ou la douleur.

À peu près à la même époque, la mise en évidence progressive de neurones miroirs a ouvert de nouvelles perspectives à l’étude de ce que plusieurs appellent les “réseaux de neurones partagés”. Les neurones miroirs ayant la propriété de s’activer à la fois quand on fait un certain mouvement et quand on voit une autre personne faire le même mouvement, ils devenaient un substrat tout désigné pour ce partage.

Pour mettre en forme ces données sur le partage des émotions, une “théorie de la simulation” a été développée en intégrant l’apport des neurones miroirs. Mais qui dit théorie scientifique dit aussi langage précis pour la décrire. Empathie, sympathie, compassion, tous ces mots similaires qui nous viennent alors à l’esprit pour décrire ces phénomènes gagnent alors à être définis le plus clairement possible.

 

L’empathie se définit dans le langage populaire comme la capacité de « se mettre dans la peau d’un autre ». L’empathie étant un terme également employé dans de nombreuses disciplines (psychologie, sociologie, philosophie, etc), il existe plusieurs autres façons de la définir. La plupart des définitions mettent cependant l’accent sur le fait qu’il s’agit d’une capacité à ressentir les états affectifs ou les sensations (comme la douleur) d’une autre personne.

L’empathie se distingue ainsi de notre capacité à adopter la perspective d’une autre personne pour en comprendre les intentions, les désirs et les croyances. Pour nombre de spécialistes des sciences cognitives, il s’agit là d’un processus de l’ordre du raisonnement qui diffère de la réponse empathique.

Le partage émotionnel de l’empathie n’implique pas non plus nécessairement que l’individu va agir ou même se sentir interpellé à supporter la personne observée. C’est justement ce qui distingue l’empathie de la sympathie, un état où l’individu possède en plus un regard positif ou une motivation altruiste envers la personne observée.

La compassion ressemble à la sympathie, mais serait plus spécifique à douleur, suscitant un fort désir d’alléger les souffrances d’autrui. Dans un registre semblable mais plus large, on pourrait aussi placer la sollicitude qui consiste en une attention affectueuse et inconditionnelle que l’on porte à quelqu’un. La pitié s’accompagne elle aussi du désir d’alléger les souffrances d’une autre personne, mais avec la croyance, parfois teintée de mépris, qu’elle n’est pas capable d’y faire face seule.

L’empathie se distingue par ailleurs de ce qu’on appelle la contagion émotionnelle, un processus par lequel un individu s’imprègne de l’état affectif d’une autre personne, mais sans se rendre compte que ce n’est pas une émotion qui lui est propre. On pense ici par exemple à l’enthousiasme contagieux des supporters sportifs, aux paniques impliquant des foules, aux fous rires, etc. La personne empathique, elle, est tout à fait consciente que l’émotion ressentie lui vient de l’observation d’autrui.

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