Il existe en sciences
cognitives une distinction courante entre deux grands types de processus mentaux :
les premiers sont automatiques et rapides, se déroulent en parallèle
et ne nécessitent ni
l’attention ni la conscience; tandis que les seconds sont lents, sériels
et demandent un effort mental conscient, attentionnel
et intentionnel. Certains parlent de « système 1 »
et de « système 2 » pour faire sensiblement
la même distinction, avec un système 1 évolutivement plus
ancien et un système 2 plus spécifique à l’être
humain.
Dans cette perspective, les premiers signes
d’apparition d’une démence comme celle de type Alzheimer sont
toujours une détérioration de processus contrôlés et
conscients du système 2. Plusieurs auteurs, comme A.F. Jorm, ont même
fait de cette détérioration des processus contrôlés
qui laissent intacts les processus automatiques la marque distinctive du stade
précoce des démences.
Pour les professionnels de la santé, les
termes «léger, modéré et avancé» désignant
les trois grands stades de la démence de type Alzheimer manquent un peu
de précision. C’est pourquoi ils utilisent une terminologie plus
clinique suivant des critères comportementaux, l'échelle
de détérioration globale (EDG) ou échelle
de Reisberg (d’après son auteur, le Dr. Barry Reisberg).
Celle-ci est divisée en 7 stades qui mesurent
l'évolution de la démence de type Alzheimer, mais aussi d'autres
démences, bien que les stades et les symptômes diffèrent
selon chacune. Ces stades sont définis de manière qualitative, allant
du fonctionnement normal ne présentant aucune atteinte (stade 1) au déclin
cognitif très sévère (stade 7), en passant par des états
intermédiaires où les facultés mentales sont qualifiées
de très légèrement affaiblies, de légèrement
affaiblies, de modérément affaiblies, etc.
La
détermination des critères de ces stades comporte évidemment
une part de subjectivité puisque de toute façon les atteintes n’évoluent
pas selon une séquence stricte pour tous les patients.
LES DÉTÉRIORATIONS COGNITIVES ASSOCIÉES
À L'ALZHEIMER
Dans le cas de la plus fréquente
des démences, celle de type Alzheimer, la dégénérescence
neuronale à l’origine des déficits se
déploie de façon séquentielle caractéristique dans
le cerveau. De sorte que les symptômes de l’Alzheimer apparaissent
dans un ordre qui, sans être complètement prévisible, est
typique de cette démence.
On utilise généralement
les termes « léger, modéré et avancé »
pour définir trois grands stades de l’évolution de la démence
de type Alzheimer. Évidemment, les transitions entre ces différents
stades ne sont pas coupées au couteau, pas plus que chaque patient va expérimenter
les symptômes dans le même ordre, avec la même gravité
ou la même durée (voir l’encadré ci-bas sur l'espérance
de vie).
Il n’empêche que les associations
de personnes atteintes de ce type de démence ont identifié des signes
précurseurs et des symptômes typiques qui apparaissent à peu
près dans l’ordre suivant.
La région
de l’hippocampe dans les profondeurs du cortex temporal étant généralement
la première touchée, il n’est pas étonnant de constater
que les premiers symptômes consistent en des troubles
de la mémoire. Ces derniers se manifestent initialement par des distractions
mineures que l’on peut facilement confondre avec l’un des effets courant
du vieillissement normal (oublier ses clés, un rendez-vous, le nom de quelqu’un,
etc).
Mais
c’est une chose d’oublier un nom ou un rendez-vous de temps en temps,
puis de s’en souvenir par la suite, et c’en est une autre lorsque
ces oublis sont fréquents, que la personne ne s’en souvient
pas plus tard, et qu’ils se mettent à nuire aux activités
quotidiennes.
À ce
stade léger (ou initial), les souvenirs plus anciens sont
relativement préservés. Mais les oublis de choses récemment
apprises deviennent fréquents et seront bientôt remarqués
par les proches. Ceux-ci seront de plus en plus souvent questionnés, et
parfois à plusieurs reprises, sur une date ou un événement
à venir. On assiste aussi à l’utilisation plus fréquente
de notes et d’aide-mémoire. Malgré cela, la victime de ces
pertes de mémoire
épisodique peut avoir tendance à les minimiser au début.
Parmi les autres symptômes cognitifs qui peuvent
apparaître durant ce premier stade, on retrouve une durée d’attention
plus courte, de la difficulté à se concentrer, des erreurs de jugement
et des problèmes d’orientation spatiale ou temporelle. Les patients
ont par exemple tendance à errer ou à se perdre dans des endroits
qui leur sont pourtant familiers.
L’humeur et
le comportement commencent aussi à être affectés, menant parfois
à une exagération des traits de caractère de la personne
(agressivité chez les colériques, passivité chez les placides,
etc), à des sautes d’humeur, des états
dépressifs ou à de la nervosité. La prise de conscience
par moment de la détérioration de ses facultés peut devenir
une source d’anxiété.
De
légers problèmes de coordination motrice peuvent survenir, mais
en général, à ce stade initial, la personne atteinte continue
à mener une vie relativement indépendante avec un minimum d’aide.
On
entre dans le stade modéré de la démence
de type Alzheimer quand le jugement commence à être altéré
au point où l’organisation des activités quotidiennes devient
difficile. C’est le stade de la perte d’autonomie. La personne peut
avoir par exemple de la difficulté à accomplir des tâches
familières qu'elle a exécutées toute sa vie, comme préparer
ses repas, faire sa toilette ou son budget.
Les facultés
cognitives comme la mémoire continuent de se détériorer et
la personne a de plus en plus de mal à apprendre et à retenir de
nouvelles informations. Leurs souvenirs de jeunesse et d’âge moyen
sont toutefois encore préservés.
Les
plaques amyloïdes et la dégénérescence neurofibrillaire
s’étendent progressivement aux régions impliquées dans
le langage ainsi que dans la perception du corps parmi les objets qui l’entourent.
D’où les difficultés dans les tâches quotidiennes, mais
aussi dans la vie professionnelle et sociale qui souffrent énormément
de la dégradation des facultés langagières : la moindre
conversation devient laborieuse, la personne perd le fil de ses idées,
ne trouve plus les mots pour s’exprimer, ne comprend pas bien ce qu’on
lui explique. Elle délaisse alors au même moment la lecture et l’écriture.
Avec l’évolution de la forme modérée
vers la forme avancée, il n’est pas rare de voir apparaître
des problèmes plus sévères et handicapants, comme de l’insomnie,
des fluctuations de l’appétit ou des changements de la personnalité
qui s’ajoutent au vécu déjà difficile du patient.
Quand
la démence de type Alzheimer atteint le stade avancé,
la majeure partie du cortex est sérieusement endommagée. Les individus
ont des difficultés graves à s’exprimer, à reconnaître
leurs amis et même leurs proches. La confusion mentale, aggravée
par une perte de mémoire sévère, donne souvent lieu à
des hallucinations ou des délires paranoïdes.
D'un
point de vue comportemental, les patients deviennent souvent irritables ou indifférents,
ont des gestes stéréotypés, pleurent ou rient sans raison
apparente, ont des gestes déplacés, etc. Il ne faut pas oublier
que deux personnes évaluées au même stade peuvent présenter
des atteintes différentes, les facultés cognitives pouvant être
plus touchées que l’autonomie comportementale, ou l’inverse.
Avec le temps, la démence
de type Alzheimer devient souvent une « démence mixte »,
c’est-à-dire qu’elle cohabite avec d’autres formes de
démence, comme la
démence vasculaire et la maladie à corps de Lewy. Le patient
peut mourir d’une autre maladie à n’importe quel stade de l’évolution
de sa démence. Cependant, dans le stade avancé de la démence
de type Alzheimer, beaucoup de décès sont causés par une
infection secondaire. Un cas fréquent étant la pneumonie engendrée
par de la salive ou de la nourriture que le patient, qui a de la difficulté
à avaler, laisse entrer dans ses voies respiratoires.
L’espérance de vie
pour les personnes atteintes d’une démence de type Alzheimer est
en moyenne de 8 à 12 ans. La progression de la maladie varie d’une
personne à l’autre et dépend en partie de l’âge
du patient au moment du diagnostic et de son état de santé général.
Ainsi,
les gens dont le diagnostic survient autour de 60 ou 65 ans déclinent généralement
plus lentement et leur espérance de vie est alors plus de l’ordre
de 12 ou 14 ans, certains allant même jusqu’à 20 ans. Par contre,
ceux dont le diagnostic arrive à 80 ou 85 ans ont tendance à progresser
plus rapidement. Leur âge avancé augmentant en plus leur probabilité
de décès, ils ne survivent généralement qu’environ
5 à 8 ans.
Par ailleurs, la survie après
le diagnostic a tendance à s'allonger, entre autres à cause de l'amélioration
des méthodes diagnostiques, des meilleures conditions de prise en charge,
et à mesure que les personnes sont plus disposées à se faire
évaluer.
Quand on considère le nombre de personnes
atteintes de la démence de type Alzheimer dans une population, on ne doit
pas confondre les deux concepts épidémiologiques qui nous renseignent
à ce sujet. L’incidence est le nombre de nouveaux
cas par unité de personne / temps (habituellement sur 1000 personnes /
an). Pour sa part, la prévalence est le nombre total de
cas dans une population donnée à un moment donné.
Dans
le cas qui nous intéresse ici, il importe de rappeler que
le principal facteur de risque de la démence de type Alzheimer est l’âge.
Autrement dit, son incidence n’est pas un taux fixe pour toute la vie, mais
augmente avec l’âge. Par exemple, pour les gens entre 65 et 69 ans,
on parle de 3 nouveaux cas sur 1000 individus par année dans les pays européens,
mais de près de 40 pour les gens entre 85 et 89 ans. Cela signifie que
le risque d’être atteint double pratiquement à tous les 5 ans
à partir de 65 ans.
Pour ce qui est de la prévalence,
5% des personnes de 65 ans et plus sont touchées par la démence
de type Alzheimer dans les pays industrialisés (un chiffre qui s’élève
à environ 8% pour l’ensemble
des démences). Cependant, pour les gens qui ont un parent proche atteint
de la maladie d'Alzheimer, c’est 15% de ce groupe qui sera atteint à
65 ans et plus. Et on parle ici de la forme
sporadique de l’Alzheimer (et non de la forme
familiale) qui est tout de même soumise à des facteurs génétiques
de risque partagés par les membres d'une même famille.
On
peut aussi détailler la prévalence par groupes d’âge,
ce qui donne 1 % de personnes atteintes de 65 à 69 ans, 20 %
de personnes atteintes entre 85 et 89 ans, et 40 % des personnes atteintes
entre 90 ans et 95 ans.
Il y a aussi des
différences entre les sexes puisqu’on estime qu’un homme sur
huit et une femme sur quatre en souffriront au cours de leur existence (le fait
que les femmes vivent plus longtemps a un effet ici). Les femmes représentent
les deux tiers des personnes de plus de 65 ans qui en sont atteintes.
Au
Canada, au début des années 2000, c’est environ 435 000 personnes
âgées de plus de 65 ans qui sont atteints d'Alzheimer ou d'une affection
connexe (298 000 femmes et 137 000 hommes). Aux États-Unis, les estimés
varient, mais on parle de près de 5 millions de personnes atteintes d’Alzeimer.
Et dans le monde, c’est autour de 26 millions de personnes qui étaient
touchées en 2005.
Les coûts estimés,
en coûts directs et indirects de frais de santé ainsi que de pertes
de journées de travail pour les proches, sont estimés à 5 milliards $
par année au Canada et 110 $ milliards par année aux États-Unis.
Comme pour toutes affections chroniques, deux
méthodes peuvent être employées pour identifier les facteurs
de risque de l’Alzheimer.
La première
est l’étude « cas-témoins ».
Elle consiste à suivre un groupe de personnes atteintes (les « cas »)
et à les comparer à des personnes du même âge, du même
sexe et présentant des caractéristiques similaires, mais qui ne
sont pas atteintes (les « témoins »). On recueille
ainsi des données sur le mode de vie actuel et passé des deux groupes.
Et les facteurs de risque seront les facteurs qui s’avéreront plus
fréquents chez les personnes atteintes que chez les personnes saines.
La
deuxième méthode, celle de « l’étude
de cohortes », consiste à suivre un groupe de personnes
en bonne santé sur une longue période (on parle aussi d’études
« longitudinales »). Pendant cette période, on va
comparer les individus qui ont certaines caractéristiques communes (tendance
à l'hypertension artérielle, par exemple) ou des modes de vie similaires
(niveau d’activité physique, régime alimentaire carné
ou végétarien, etc.) à ceux qui ne les ont pas. Si l’un
de ces sous-groupes ayant une caractéristique particulière développe
l’Alzheimer avec une incidence significativement plus élevé
que les autres, on dira que le facteur qui caractérise ce sous-groupe est
à risque pour l’Alzheimer.
Il existe un lien complexe entre l’Alzheimer
et le syndrome de Down, aussi appelé trisomie
21 (parce que la personne qui en souffre a hérité de trois
chromosomes 21 au lieu de deux). Les personnes trisomiques, en plus des malformations
et du retard mental et moteur typique de la maladie, développent autour
de 40 ans des lésions cérébrales caractéristiques
de la maladie d'Alzheimer (plaques
amyloïdes et dégénérescence neurofibrillaire).
La localisation sur le chromosome 21 du gène
de la
protéine précurseur de l’amyloïde, qui contribue
à la formation des plaques, explique la surproduction de la protéine
et des plaques amyloïdes chez les trisomiques. Mais même si la grande
majorité de ceux-ci développent ces changements cérébraux
autour de la quarantaine, plusieurs atteignent 50, 60 ou même 70 ans sans
les déficits comportementaux associés normalement à l’Alzheimer.
D’autres changements dus à l'âge
avancé qui surviennent normalement en parallèle chez les patients
Alzheimer non trisomiques expliqueraient-ils ce décalage ? De futures recherches
nous le diront peut-être…
FACTEURS
DE RISQUE ET PRÉVENTION
Bien que la recherche ait fait
beaucoup progresser nos connaissances des mécanismes à l’œuvre
dans la démence de type Alzheimer, ses causes ultimes demeurent méconnues.
La recherche a toutefois permis de mettre en évidence des facteurs de risques
(voir l’encadré). Comme pour d’autres maladies chroniques,
ces facteurs de risque peuvent se combiner pour déclencher l’Alzheimer.
Mais
avant de considérer ces
facteurs de risque environnementaux et génétiques, il faut noter
qu’il existe deux formes de l’Alzheimer, la forme dite « sporadique »
et la forme dite « familiale ». Cette dernière a
tendance à avoir un déclenchement hâtif avec des déficits
qui apparaissent entre 30 et 65 ans, contrairement à la forme sporadique
qui débute habituellement après 65 ans.
Mais
outre cette différence, les deux affections sont en tout point similaires
au niveau de la nature des symptômes
et des anormalités
cérébrales et biochimiques
observées. Ce qui les distingue surtout, c’est d’abord leur
fréquence relative : la forme sporadique représente l’immense
majorité des cas alors que la forme familiale est beaucoup plus rare avec
5 à 7 % des cas environ. Par ailleurs, la forme sporadique n’a pas
de composante héréditaire décisive, tandis que la forme familiale
est fortement déterminée par certains gènes.
Quand
on parle des facteurs de risque de l’Alzheimer, il faut donc d’abord
préciser laquelle de ses formes on considère, puisque les facteurs
de risque génétique sont très différents pour les
deux formes.
Pour laforme
familiale d’abord, ce sont les gènes qui déterminent
en grande partie l’avènement de la démence. On en a identifié
trois, sur trois chromosomes différents : le gène de la
protéine précurseur de l’amyloïde (APP) sur le chromosome
21, le gène préséniline 1 (PS1) sur le chromosome 14 et le
gène préséniline 2 (PS2) sur le chromosome 1. Une personne
va développer la forme familiale de l’Alzheimer si elle hérite
d’un seul de ces gènes rendus défectueux par une mutation.
Il s’agit donc
d’une dysfonction « autosomale dominante ». « Autosomale »,
parce que les gènes impliqués ne sont pas situés sur un chromosome
sexuel X ou Y (déterminant le sexe d’une personne), et « dominante »
parce que la personne n’a besoin que d’une copie du gène muté
pour en souffrir. Une personne qui hérite d’un de ces gènes
mutés développe donc systématiquement l’Alzheimer et
la transmet à la moitié de sa descendance. Autrement dit, un enfant
ayant un parent atteint de la forme familiale de l’Alzheimer aura une probabilité
de 50 % d’en hériter lui aussi.
Cela
étant dit, il n’y a qu’environ la moitié des cas d’Alzheimer
à « déclenchement hâtif » qui sont dus
aux mutations de la forme familiale. Et même si plusieurs membres d’une
même famille sont touchés par l’Alzheimer, cela ne signifie
pas forcément qu’il s’agisse de la forme familiale. Cela pourrait
être la forme sporadique, qui n’est pas complètement indépendante
des antécédents familiaux.
Car on sait
aujourd’hui que même dans le cas de la forme sporadique,
le fait d'avoir un parent proche (père, mère, frère ou soeur)
atteint de l'Alzheimer augmente le risque de développer celle-ci. Il existe
donc des facteurs génétiques à risque pour la forme sporadique,
c’est-à-dire des gènes qui ne causent pas directement l’Alzheimer
comme pour la forme familiale, mais qui sont plus fréquents chez les personnes
atteintes, bien qu'on les retrouve aussi chez des sujets normaux.
Si
plusieurs gènes sont suspectés d’être des facteurs de
risque pour la forme sporadique de l’Alzheimer (CLU, CR1, etc), le plus
connu est sans conteste l'allèle 4 du gène de l'apolipoprotéine
E (APOE4) découvert en 1993 sur le chromosome 19. Ce gène APOE contribue
à la fabrication d’une protéine qui aide à transporter
le cholestérol dans le corps, et différentes
explications ont été proposées pour expliquer ses effets
néfastes dans l’Alzheimer.
Le gène
APOE a trois allèles principaux, e2, e3 et e4. Il s’agit de trois
versions du gène qui, sans être des mutations délétères
conduisant à des protéines dysfonctionnelles comme pour la forme
familiale de l’Alzheimer, sont des variantes plus ou moins efficaces qui
sont apparues au
fil de l’évolution.
Dans le cas du
gène de l’APOE, on retrouve ses variantes dans la population dans
des proportions connues : 51% pour l’APOE2, 80 % pour l’APOE3
et 15 % pour l’APOE4. La forme la plus commune, e3, n’a pas d’effet
sur l’incidence de l’Alzheimer. L’allèle e2 pourrait,
quant à lui, diminuer l’incidence de l’Alzheimer chez ceux
qui le possèdent. Ce sont les personnes qui ont l’allèle e4
sont plus susceptibles de développer l’Alzheimer. Comme tous nos
gènes sont en deux copies (l’une en provenance de la mère,
et l’autre du père), ceux qui n’héritent que d’une
copie de APOE4 voient leur risque d’Alzheimer augmenter de trois fois environ.
Pour ceux dont les deux copies sont e4, le risque est multiplié environ
par onze. Cela revient à dire qu’à 65 ans, environ la moitié
de ces derniers auront une démence de type Alzheimer.
La
présence de l' APOE4 n'est donc ni nécessaire ni suffisante pour
développer la maladie d'Alzheimer, mais le risque augmente avec le nombre
d’allèles e4. Cela veut non seulement dire qu’une personne
qui est porteuse de deux gènes de l’APOE4 n'en sera pas nécessairement
atteinte, mais aussi qu’une personne qui n'est porteuse d’aucun allèle
e4 peut quand même développer l'Alzheimer.
L’autre
grand facteur de risque de la forme sporadique de l’Alzheimer pour ces personnes
sans APOE4, comme d’ailleurs pour ceux qui en ont, est tout simplement l’âge.
L’âge est en effet considéré
comme le facteur de risque le plus important pour le développement de l’Alzheimer.
Car même si ce type de démence
peut apparaître avant 50 ans, la plupart des personnes atteintes ont
plus de 65 ans. Chose certaine, aucun adolescent n’est atteint. Il semble
qu’en vieillissant, les mécanismes naturels de réparation
du cerveau perdent de leur efficacité, un déclin dont l’importance
peut toutefois varier selon les individus. De plus, d’autres facteurs de
risque reconnus pour augmenter avec l'âge comme l’hypercholestérolémie
ou le surpoids, sont aussi des facteurs de risque reconnus.
Le
sexe est également un facteur de risque de l’Alzheimer.
En l’occurrence, le sexe féminin, puisque deux fois plus de femmes
que d'hommes sont atteintes d'Alzheimer au-delà de 65 ans. Comme les femmes
vivent en moyenne plus longtemps que les hommes et que l'âge est un facteur
de risque de l’Alzheimer, cette longévité accrue des femmes
explique sans doute au moins partiellement l’écart observé.
D’autant plus que les femmes âgées se retrouvent ainsi davantage
exposées à des maladies dont la prévalence augmente avec
l’âge comme le diabète, qui est aussi un facteur de risque
de l’Alzheimer.
La diminution du taux d’œstrogène
qui survient à la ménopause est aussi évoquée pour
expliquer le risque accru de l’Alzheimer chez la femme, cette hormone ayant
des effets protecteurs sur le cerveau.
Enfin, au début
de 2009, une étude a mis en évidence un premier gène qui
favoriserait l’Alzheimer chez la femme. Il s’agit d’une variante
du gène de la protéine PCDH11X, qui se trouve sur le chromosome
sexuel X, celui dont les femmes possèdent deux copies et les hommes seulement
une (le chromosome qui complète la paire chez l’homme étant
le Y, reçu de leur père). L’étude montre que ce ne
sont que les femmes qui ont ce gène PCDH11X anormal sur leurs deux chromosomes
X qui ont un risque plus élevé de développer l’Alzheimer.
De
nombreux autres facteurs de risque ont été répertoriés
pour l’Alzheimer.
Des liens étroits existent
par exemple entre les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires
et ceux de l’Alzheimer. L’hypertension ou un taux de cholestérol
trop élevé sont en effet des facteurs susceptibles de déclencher
ou d’accélérer l’Alzheimer. Et de fait, il semble qu’un
contrôle efficace des problèmes d’hypertension ou d’hypercholestérolémie
réduit le risque d’apparition de l’Alzheimer chez les patients
traités et en ralentit la progression chez les personnes déjà
atteintes.
La découverte qu’une version
défectueuse du gène SORL1 semble impliquée dans certains
cas d’Alzheimer renforce d’autant plus ce lien puisque ce gène
est également relié au cholestérol. Cette variante du gène
SORL1 fabrique en moins grande quantité le récepteur de la protéine
APOE, elle aussi clairement associée au métabolisme du cholestérol
et aux plaques
amyloïdes de l’Alzheimer.
On a aussi
déjà mentionné le diabète (celui
« de type 2 » (adulte)) comme autre facteur de risque de
l'Alzheimer, notamment à cause des problèmes cardiovasculaires qui
lui sont associés. On sait par ailleurs que le glucose est moins bien assimilé
dans le cerveau d'une personne souffrant d'Alzheimer, exactement comme un diabétique
va mal assimiler le glucose dans son organisme. Sans être diabétique
au sens habituel du terme, il semble que la personne souffrant d’Alzheimer
ait une production réduite d'insuline dans le cerveau et que ses neurones
y sont moins sensibles (la production de l'insuline dans le cerveau étant
indépendante de celle dans l’organisme).
Le
stress est un facteur de risque de l’Alzheimer par l’entremise
du cortisol
dont l’effet
délétère sur les populations neuronales est bien connu.
Comme le stress accélère aussi le vieillissement tissulaire par
l’entremise d’une plus grande production de radicaux libres, il favorise
aussi l’Alzheimer dont l’âge est un facteur de risque si important.
Les liens intimes entre stress chronique, inhibition
de l’action et dépression
font aussi en sorte que celle-ci se voit souvent associée aux facteurs
de risque de l’Alzheimer.
Les accidents
cérébraux vasculaires (ACV), y compris les « mini-ACV »
peuvent favoriser l’avènement plus précoce de démences
vasculaires mais également de type Alzheimer. Même chose pour
les traumatismes graves à la tête, souvent accompagnés
de pertes de conscience (les commotions à répétition chez
les boxeurs, par exemple).
Des études ont démontré
que les personnes ayant moins de six ans de scolarité semblent être
plus susceptibles à l’Alzheimer. Mais il se pourrait aussi que des
facteurs associés à cette faible scolarité,
tels de bas revenus entraînant un mode de vie malsain, puissent expliquer
cette susceptibilité.
De manière plus
générale, le peu de stimulation intellectuelle
ou d’activité physique a ici, comme pour bien d’autres
pathologies, un effet aggravant.